Kojève écrit quelque part que le sommet du snobisme fut atteint dans le Théâtre Nô, la cérémonie du thé et l'art des bouquets. C'est parce qu'il ne s'était jamais rendu au LHASSA, trop occupé qu'il était au GATT à mystifier nos partenaires de ses mots caustiques, brillants et affreusement sarcastiques.
Oubliez donc les japonaiseries pour apprécier, hors de toute temporalité, dans l'absence absolue de frottements, la grâce ultime du service tibétain. Ici tout coule d'un naturel achevé, les gestes de l'hôtesse des lieux s'enchainent avec une délicatesse parfaite ; la parole est rare, discrète et toujours exquise.
Les mets achèvent de nous faire oublier notre corporéité, sans jamais nous choquer ni nous encombrer, mais nous éveillant à chaque bouchée pour une subtile découverte, ouatée.
Là dessus quelques nectars accompagnent, si le cœur lui en dit, le goût un peu rude de l'occidental fatigué. 2011 en Bordeaux est une bonne année : elle est ici éternité.